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Hyvolution 2025 : l’hydrogène passe aujourd’hui par le rétrofit

Alors que les constructeurs poids lourds historiques préfèrent jouer la carte de la prudence sur l’hydrogène, plusieurs projets voient le jour en matière de rétrofit. Lors du salon Hyvolution actuellement à Paris, Hyliko et GCK ont annoncé 2 grands projets qui, à eux deux, permettront la mise en circulation de 50 camions hydrogène d’ici quelques mois en France.

Comme nous vous l’annoncions hier, Hyliko a décroché une subvention de 10,7 millions d’euros de l’ADEME pour développer deux écosystèmes territoriaux hydrogène. Ces projets, baptisés Grand-ParHY (Paris) et Grand-LHYon (Lyon), visent à déployer 47 poids lourds hydrogène neufs ou rétrofités et à installer des infrastructures de production et de distribution d’hydrogène.

GCK présent aussi à Hyvolution a annoncé qu’il avait signé sa première commande de bennes à ordures ménagères rétrofitées pour la collecte de déchets en Ile-de-France. La société a été choisie par Suez dans le cadre de son contrat de prestations de collecte avec le Territoire Grand Paris Sud Est Avenir. Les 2 Renault D-Wide de 26 tonnes seront dotés d’une pile à combustible hydrogène alimentant des batteries développées et produites par GCK Battery. Les véhicules bénéficieront d’une capacité de stockage H2 de 17 kg leur permettant largement de circuler sur une journée.

« Notre solution de rétrofit électrique-hydrogène permet aux collectivités et aux acteurs majeurs comme Suez d’accélérer concrètement la décarbonation de leur flotte, tout en préservant leur capital matériel » a souligné Eric Boudot, président du groupe GCK.

De nombreux défis à venir

Le nombre de véhicules lourds hydrogène restent pour l’heure limité même s’il a tendance à augmenter. En 2024, 58 autobus, 7 bennes à ordures ménagères et 5 poids lourds roulaient en France, auxquels s’ajoutent 13 autocars, déployés pour la première fois sur le territoire national, a rappelé France Hydrogène sur Hyvolution. « L’homologation de plusieurs véhicules matérialise le passage à une production en série sur ce segment » a-t-elle précisé.

Jean-Michel Amaré, vice-Président de France Hydrogène et expert de la mobilité Hydrogène, a voulu souligner les défis qu’impose la décarbonation du transport : « les réglementations incitatives, tels que les objectifs ambitieux de réduction des émissions de CO2 pour les poids lourds posent des bases essentielles pour décarboner. Cependant, l’urgence à décarboner se double de celle d’assurer le passage à l’échelle des industries françaises, un enjeu critique pour atteindre ces objectifs et pérenniser notre souveraineté industrielle ».

Il a rappelé le manque d’aides pour accélérer le développement de l’hydrogène en France : « aujourd’hui, les soutiens publics sont insuffisants face au surcoût de la mobilité hydrogène par rapport aux carburants fossiles. Pour garantir le passage à l’échelle de la filière, il est indispensable de donner de la visibilité et d’accentuer ces soutiens. Cela passe par trois leviers prioritaires : faciliter l’accès à l’hydrogène décarboné via des mécanismes incitatifs comme la TIRUERT, accompagner l’usage de tous types de véhicules à hydrogène, et accélérer le déploiement des infrastructures, dont le règlement AFIR ne constitue qu’une première étape. Un soutien public renforcé, associé à une fiscalité incitative en faveur des énergies bas-carbone et renouvelables dans les transports, est nécessaire pour relever ce double défi environnemental et industriel. »

Deux constructeurs présents sur Hyvolution

Toyota ne présente pas de poids lourds H2 sur Hyvolution mais se préoccupe davantage du ravitaillement. Le constructeur a présenté sa solution Mid Flow Twin qui devrait permettre de réduire les temps de ravitaillement et les coûts d’installation des infrastructures hydrogène pour poids lourds, et surtout d’atteindre les objectifs de l’AFIR dans les délais. La technologie TMF intègre une buse double (180g/s), permettant à une même station hydrogène de ravitailler des camions en moins de 10 minutes, selon Toyota.

Stellantis de son côté présente sa gamme d’utilitaires à pile à combustible (déjà vue à l’IAA 2024). 3 véhicules sont exposés : le Peugeot e-Boxer Hydrogen alimenté par 7 kilos d’hydrogène et doté d’une autonomie supérieure à 500 km ; le Citroën ë-Jumpy hydrogène d’un volume utile allant jusqu’à 6,1 m³ avec une autonomie supérieure à 400 km. La production de ce fourgon également disponible pour la marque Peugeot a rejoint celle des motorisations thermiques et électriques sur la ligne de production du site Stellantis Hordain situé dans les Hauts-de-France.

La production de H2 propre

Présent à Hyvolution, Lhyfe annonce la construction d’un 1er site de production d’hydrogène vert dans les Hauts-de-France, à Croixrault, dans la Somme. Elle produira à court terme et livrera chaque jour jusqu’à 2 tonnes d’hydrogène vert (soit une capacité d’électrolyse de 5 MW). À titre d’équivalence, 2 tonnes d’hydrogène vert permettent à un camion de parcourir environ 25 000 km sans émettre un seul gramme de CO2. Lhyfe avitaillera les stations de distribution qui alimentent les poids lourds traversant et desservant la région. Lhyfe produit son hydrogène localement, par électrolyse de l’eau, et à partir d’électricité renouvelable. Ce nouveau site complète le maillage du territoire français par Lhyfe, qui couvre déjà le Grand-Ouest (Pays de la Loire et Bretagne), le Sud-Ouest (Occitanie), et l’Est (site en construction en Auvergne Rhône-Alpes) du pays.