TRM24 a pu conduire, en exclusivité, l’Urbaneo Bus City 6 dans les environs de Marne-la-Vallée. Un parcours assez bref qui donne toutefois un aperçu des forces et faiblesses du modèle.
Cet Ankai ne laisse pas froid
L’Urbaneo Bus City 6 est la version francisée par Tekauto du minibus électrique Ankai E60. Il appartient à la plus compacte des catégories, les 6 m de long. Le modèle fait 5.9 m de longueur hors-tout pour 2.1 m de large. L’empattement est considérable puisqu’il est de 4.22 m ; cela conditionne le comportement dynamique et le confort mais est surtout motivé par le besoin d’optimiser l’espace habitable à bord. Il est homologué pour 22 passagers (9 assis et 13 debout). Cela en fait un successeur tout désigné de la première génération de BlueBus 6 m ou un rival du Karsan e-Jest.
Malgré sa compacité, il pèse 5.1 t à vide pour un PTAC de 7t. Sans aller jusqu’aux masses délirantes des autobus à batteries de 12 m, il y a sur le toit 780 kg de batteries CATL en électrochimie lithium-ion fer phosphate de fer (LFP) pour une capacité brute de 127 kWh. Ceci explique la monte pneumatique en 215/75 R 17.5 une monte qui supporte cette charge aux essieux mais qui offre un bénéfice d’absorption sur les chaussées irrégulières. La présence des batteries sur le pavillon explique aussi la hauteur hors-tout de 2.88 m. Vu la longueur hors-tout, l’accès au poste de conduite se fait par la porte dédiée aux voyageurs. Cela finalement simplifie le quotidien du conducteur qui n’a pas à se contorsionner ou faire des numéros de contorsionniste par-dessus un passage de roues.
Humble mais cohérent
La mise en route fait entendre en premier lieu le compresseur d’air, assez sonore depuis l’habitacle, pour le système de suspension et de freinage. Une fois les bouteilles remplies, le silence règne à bord. L’accessibilité est très bien pensée pour les passagers avec une marche à 32cm. En complément de la rampe UFR manuelle de série, une fonction d’agenouillement est prévue (32 cm en position de roulage, environ 26 cm en position basse). Mais les débattements de suspension apparaissent limités et le filtrage de suspension pourrait être meilleur. On en est venu à douter de l’existence des quatre roues indépendantes mentionnées sur la fiche technique. La consolation étant une très faible prise de roulis.
Pour le conducteur, l’accessibilité est simple mais la position du volant déconcerte. Il faudra abaisser l’assise du siège si l’on ne veut pas « conduire avec les genoux ». L’amplitude des réglages de la colonne de direction doit être améliorée. Plus gênant est le décalage du pédalier vers la droite. L’afficheur actuel, tout numérique va faire l’objet d’un sérieux « nettoyage » à la demande des équipes France pour être rendu plus lisible et intelligible. Toutes les fonctions passent, comme c’est la mode, par un grand écran tactile. Qu’en sera-t-il du vieillissement de celui-ci ? Le bouton de l’unique porte est facile d’accès mais pas forcément facilement repéré. Sur le racé urbain retenu autour de Marne-la-Vallée, les accélérations sont apparues satisfaisantes, malgré la modicité des valeurs de couple (350Nm) et de puissance (100kW en continu). Nous avons testé le véhicule à 33% de sa charge utile. Ce ressenti aurait-il été le même à Montmartre à Paris ou à la Croix-Rousse à Lyon ?
On retient également la très belle stabilité dynamique, même à 70km/h (vitesse de régulation de ce minibus urbain). Cette tenue de route est certainement un effet positif de l’empattement maximisé. La contrepartie est en rayon de giration élevé, mais les équipes de Tekauto ont ici demandé des améliorations à l’usine en jouant sur l’angle de braquage des roues. La linéarité des accélérations profite de l’absence de boîte de vitesses. Ce critère de progressivité se retrouve également au chapitre freinage. La pédale est ferme, mais la réaction correspond à l’effort appliqué. Par contre, la direction avec pompe d’assistance électrique est tout sauf linéaire : on ressent un effet de clavetage en début de braquage, puis une absence de constance et de progressivité de l’assistance. Cela est particulièrement manifeste en manœuvres ou lors des contrebraquages. Ce point doit impérativement être retravaillé, tout comme le pédalier. L’accessibilité aux contrôles usuels est également à revoir : le vase d’expansion des circuits de refroidissement des batteries et chaîne de traction est en toiture, et l’accès au liquide de lave-glace est juste acrobatique. Mais Tekauto a prévu une batterie de servitudes 24V avec une protection évitant la décharge lors d’immobilités prolongées. De ce que nous avons pu constater, les consommations s’annoncent prometteuses (mais nous n’avons pas eu besoin du chauffage ni de la climatisation).
Une offre singulière
Le marché des autobus 22 places est une niche, mais Tekauto compte sur l’argument prix : 220 000€ hors personnalisations. Le tout garanti 3 ans ou 200 000km, les batteries étant couvertes pendant 8 ans à 80% du SoC (quantité d’énergie disponible dans les packs de batteries). C’est cher rapporté à la place, mais n’oublions pas que c’est le prix du passage à l’électrique imposé par l’Union européenne et la France aux opérateurs ! Et que le différentiel de prix, évoqué brièvement est de l’ordre de 40% en faveur des produits chinois. Comparé au Bolloré BlueBus 6m (passé à 35 places dans sa 2ème génération) ce serait donc « cadeau ». Pour l’ambiance à bord, on a apprécié l’habillage de la planche de bord, blanc cassé et brun-rouge. C’est très beau … mais certainement pas adapté à une exploitation vu le côté salissant de la chose. Même remarque sur l’écran tactile des fonctions de bord (climatisation et chauffage à pompe à chaleur). Pour préserver l’autonomie en hiver, il faudra passer par le pré-conditionnement thermique de l’habitacle car aucun pare-brise ou siège dégivrant n’est prévu, pas même en option. La hauteur à bord de l’espace passagers est très satisfaisante, y compris aux places arrière (même à plus de 1.8 m on peut se tenir debout à la dernière rangée). Mais là, on pourrait suggérer le remplacement de la poignée médiane du dernier rang par un siège de 66cm de large. La luminosité intérieure est excellente et contribue à la qualité de vie à bord. Dommage que les double vitrages (de série) ne soient pas jointifs avec les montants de vitre. On peut souhaiter un rappel « arrêt demandé » au niveau de la cloison conducteur ainsi qu’un habillage de girouette au pare-brise moins pénalisant pour le champ de vision en hauteur. La sellerie est connue : ici c’est du Ster, Les exploitants et conducteurs apprécieront la célérité et l’amplitude d’ouverture de la porte d’accès médiane. De quoi limiter le temps passé aux arrêts.
En résumé, l’Urbaneo Bus 6m a toutes ses chances pour séduire les exploitants de la première génération de BlueBus 6m qui sont aujourd’hui en phase de renouvellement. Et les conducteurs de Karsan e-Jest apprécieront le fait de ne plus avoir à faire de gymnastique pour accéder au poste de conduite. Bref, une stratégie « de niche » qui permet à Tekauto de monter progressivement en puissance. Mais attention : vu le catalogue Ankai, à accumuler des niches, certains pourraient bien finir par obtenir un véritable chenil.
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