SANS DÉTOUR

Tribune de Jean-Philippe Pastre : une marque, cela s’entretient

Les constructeurs européens se rassurent en se disant qu’ils ont une légitimité historique sur le continent. C’est vrai, encore faut-il qu’ils en prennent soin. L’exemple de banalisation fâcheuse entre les Renault D et Volvo FL, clones parfaits depuis un dernier remodelage survenu en 2024, ne rassure pas. Face aux pressions financières (venues des actionnaires ou des contraintes d’investissements réglementaires obligatoires), il peut aussi être tentant de résilier des contrats ou fusionner des plaques de distribution (à l’image de ce que la direction américaine de Paccar exige de DAF Trucks).

De telles politiques (banalisation des modèles, concentration des acteurs de distribution) ne peuvent que faire le lit des nouveaux entrants Chinois ou Turcs. Souvenons-nous du « cas d’école » de la fusion à la hache des réseaux Peugeot-Talbot en 1981. Ou encore, juste avant, entre 1978 et 1980, de la fusion Saviem Berliet dans Renault Véhicules Industriels. Dans les deux cas, les marques étrangères en ont profité, la nature ayant horreur du vide.

Pousser des distributeurs indépendants à la porte constitue une aubaine que sauront saisir les BMC, BYD, Ford Trucks, FAW, Foton, JAC, Sany, SuperPanther, et autres Yutong. Les grands noms de la distribution de pièces pourraient être tentés d’ajouter aux panonceaux des carrossiers et équipementiers ceux de marques de constructeurs. AllTrucks a franchi le pas.

MAN, dans de récentes communications évoquant les investissements dans son réseau tant en Europe que dans le monde, semble avoir pris conscience de la menace. Scania France a investi dans le groupe Dian de façon « défensive », faute de repreneur pour l’ensemble des concessions de ce distributeur historique. Car se pose aussi une question générationnelle : Il n’y a pas que les dirigeants d’entreprises de transports qui sont confrontés à la réalité de la pyramide des âges.

Le sujet concerne aussi les ateliers. Former, attirer les plus jeunes, valoriser le véhicule industriel et ses savoir-faire, c’est aussi pérenniser le métier à plus long-terme. Le savoir académique est une chose, la transmission intergénérationnelle est fondamentale pour garantir l’activité dans les ateliers en accueillant tous les types de camions : des porteurs de 15 ou 20 ans d’âge à déculasser ou aux embiellages fatigués aux tracteurs dernier cri à déverminer au niveau électronique. Pour les « managers » formés en écoles de commerce, il peut être tentant de jouer sur la salière des tarifs, c’est oublier que les clients ont « radio parking » à bord. Une saine diversification peut assurer chiffre d’affaires et image de marque d’une concession ou d’un groupe de distribution. Car c’est là que se jouera aussi l’avenir des constructeurs « historiques ».

One Response

  1. Très intéressant. Pour l’épisode de la fusion Saviem Berliet, on aimerait en savoir plus car à l’époque, j’avais trouvé que cela s’était bien passé, avec le côté amusant de commerciaux origine Berliet qui vantaient le SC 10 après l’avoir dénigré à tout va dans leur vie antérieure. Et les commerciaux de Renault VI, quelle que soit leur origine, c’était le top.

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