La conférence annuelle de l’Observatoire du Véhicule Industriel est un rendez-vous attendu de la presse et des constructeurs. Arnaud Villéger, son Directeur, a révélé les anticipations pour 2026. Le marché pourrait être équivalent à 2025, voire se conclure par une hausse d’environ 5%.
Second semestre 2025 dynamique
L’art de la prévision est toujours délicat, mais reconnaissons que les analyses relatives à 2025 ont été fiables, se concluant sur l’hypothèse haute envisagée il y a un an. Ceci est dû à un second semestre 2025 plus dynamique, se concluant par un mois de décembre de folie (ce qui suscite un sourire entendu d’Arnaud Villéger par rapport à l’attitude de certains constructeurs). Le marché termine à -9.9% grâce à ce dernier mois sous dopamine. L’an dernier, au même moment, les véhicules électriques étaient attendus à 1000 exemplaires : l’année 2025 s’achève sur 931 unités. Pour les véhicules carrossés : le marché France des semi-remorques s’achève sur un -7.3% avec une volumétrie au plus bas.
Pour 2026, l’Observatoire du Véhicule Industriel et ses panels d’experts (distributeurs, analystes veille et études de BNP Paribas Artegy, etc) table donc sur un marché du neuf au moins équivalent à celui de 2025, avec en hypothèse haute, une croissance de celui-ci pouvant aller jusqu’à 5%. Cela porterait le marché toutes marques à 46 350 unités pour 2026. La question est de savoir ce qui peut faire basculer « le plateau stable mais fragile » vers l’un ou l’autre des deux scénarii. « Nous sommes sur une ligne de crête sur laquelle nous allons devoir marcher toute l’année » précise Arnaud Villéger qui conclut en insistant sur « l’ambigüité entre les signaux de reprise et ceux alarmants ».
Ce qui pourrait tirer vers le pouvoir obscur de la Force
Arnaud Villéger a entamé son exposé en rappelant l’instabilité devenue chronique de nos gouvernements. Ce spectacle, comme les difficultés de fins de mois des ménages, pèse sur les indices de confiance, à la fois instables et orientés à la baisse. Ce qui préfigure un recul ou une atonie de la consommation, donc, à terme de l’activité de transport. Il a rappelé que 50% des dirigeants du transport routier de marchandises interrogés par l’Union TLF déplorent une demande insuffisante.
Outre ce climat des affaires, maussade, il y a également pour l’OVI l’inquiétude autour de la faiblesse de trésorerie des entreprises du TRM. Une trésorerie au plus bas ne contribue pas aux investissements. Le secteur du BTP ne sera pas non plus d’un grand secours : l’indicateur, insolite mais significatif de la production de granulats, est stable à +0.3% tandis que les mises en chantier ont baisse de -10.1% entre janvier et novembre 2025 selon les chiffres de la FNTP. Révélateur de ces contradictions, le fait que les carrosseries bennes sur porteurs aient fini l’année à -15%, tandis que les semi-remorques bennes ont crû de +21% en France en 2025.
Des fondamentaux sains sur certains indicateurs
Arnaud Villéger n’occulte pas les signaux positifs : le panel de distributeurs de l’OVI signale que les délais de livraisons sont normalisés, tant pour les châssis (3 mois d’attente) que pour les carrosseries (également à 3 mois de délais). « Les signaux du terrain sont tous bons, avec une relative stabilité ».
Le rayon de soleil vient des carnets de commandes : +24.2% pour les tracteurs. Il est vrai que l’on partait d’une référence très basse il y a un an. Mais il en est de même sur les porteurs avec +5.3% en commandes, or la base de comparaison est ici nettement plus saine. Bref, l’OVI s’attend « à un premier quadrimestre assez dynamique ».
Paradoxalement, le marché du VO s’affiche en baisse, avec des rotations de véhicules plus difficiles (le délai de revente est remonté à 70 jours) « avec des stocks VO significatifs. Cela peut avoir un impact sur les reprises, donc sur les ventes de VN » rappelle l’OVI. L’autre signe positif, particulièrement important pour un établissement comme BNP Paribas Artegy, est la stabilité des prix et des taux d’intérêts. Le marché 2025 pourrait marquer le début de nouvelles tendances : il y a, bien sûr l’électrification -portée par l’application des Certificats d’économie d’énergie ou CEE-. Se refusant à donner des chiffres, Arnaud Villéger anticipe ici une croissance de 30% [ce qui signifierait un MTM électrique à 1200 ou 1300 unités en 2026 NDLR].
Vers l’émergence de nouvelles pratiques ?
Il a été également évoqué lors de cette conférence le développement de la location longue durée sur les véhicules d’occasion. Une activité passée soudainement de 5% du marché de la seconde main à 8%. Est-ce le début d’une évolution des pratiques pour la deuxième vie des véhicules industriels ?
Évoquant les conférences à Solutrans 2025, Arnaud Villéger rappelle le déploiement d’offres de véhicules reconditionnés : « C’est une conséquence de l’instabilité et de la crise. Je crois que les clients y sont prêts, un peu par nécessité. Pour le moment, il y a une offre. Une évolution est en cours et elle va être intéressante à regarder ». Un optimisme qu’il ne partage pas pour le rétrofit, évoquant l’absence actuelle de modèle économique pour cette activité ce qui fragilise les acteurs. Que ce soit en motorisation thermique, ou plus encore pour l’électrique, prolonger la durée de vie des matériels a un impact déterminant sur les coûts d’exploitation (TCO). Et cela pourrait être bien en phase avec des acheteurs attentistes ou opportunistes.

